lundi, 20 avril 2009

BENOÎT XVI : ESSAI D'UN BILAN.

Hier, nous fétions la Divine Miséricorde, mais c'était en même temps les quatre ans du pontificat de Benoît XVI.

Je voudrais vous livrer un essai de bilan, esquissé par un prêtre, le Père Scalese, barnabite.
Cet essai est d'autant plus intéressant, qu'il est fait par quelqu'un, qui n'est pas aux dires de l'interessé, un "papolâtre".
Voici son analyse :

Benoît XVI, quatre années de pontificat (extrait)

Jeudi, c'était l'anniversaire du Pape; dimanche prochain, ce sera l'anniversaire de son élection.
Occasions propices pour rédiger un bilan de ce pontificat. Je ne suis rien pour faire un bilan; je me limiterai à exprimer librement quelques opinions, selon mon habitude, sur ce sujet aussi.

Avant tout, quelques prémisses.
Première prémisse: je suis romain. Nous, romains, nous aimons le Pape. Pas tel ou tel Pape, mais le Pape, quel qu'il soit. Lorsqu'avec Jean Paul II, après des siècles, nous avons eu un Pape étranger, nous n'avons eu aucun mal à l'accepter, simplement... parce qu'il était le Pape. Nous aimons bien le Pape, mais nous sommes aussi un peu désinvoltes : nous n'oublions pas que Rome est la patrie de Pasquino (..).

Seconde prémisse. J'appartiens à un Ordre religieux qui, tout en restant toujours fidèle à l'Église, a vécu un rapport souvent conflictuel avec le Siège Apostolique. Aux origines, les Barnabites durent subir une visite apostolique, qui les obligea à renoncer à beaucoup de nouveautés qui les caractérisaient. Un instant de forte tension fut celui vécu au XVIIIème siècle à cause de la question rosminienne (?). Au XXème siècle, Pie X fut même tenté de procéder à la suppression de l'Ordre, suspecté de sympathies modernistes. Mais, malgré cela, les Barnabites ont toujours été des fils obéissants de l'Église et les Papes ont toujours su qu'ils pouvaient avoir confiance en eux.

Troisième prémisse. La formation que j'ai reçue, de la part des Dominicains et des Jésuites, est d'absolue fidélité à l'Église, mais exempt de toute flagornerie. L'unique préoccupation des Dominicains était le culte pour la vérité. Des Jésuites je me souviendrai toujours de l'attitude de totale soumission au Pontife au moment du « commissariamento » de la Compagnie de la part de Jean Paul II.

Quatrième prémisse. Personnellement, j'en suis resté à la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII : je crois avec conviction que « subesse Romano Pontifici omni humanæ creaturæ ... omnino esse de necessitate salutis ».
(De plus, nous déclarons, nous proclamons, nous définissons qu'il est absolument nécessaire pour le salut que chaque créature humaine soit sujet du Pontife Romain, http://www.religioustolerance.org/rcc_salv.htm). Mais, en même temps, je suis tout autant convaincu que soumission au Pape n'est pas synonyme de courtisanerie, encore moins de « papolâtrie ». Vous pouvez imaginer dans quel esprit j'ai observé certaines manifestations « populaires » (je ne sais si elles étaient spontanées ou suscitées) pendant le précédent pontificat.

Après ces prémisses, venons-en à Benoît XVI.
Avant tout, disons que je nourrissais une grande admiration pour lui avant qu'il ne devînt Pape. Il me semblait que sa présence aux côtés de Jean Paul II était une garantie pour l'Église. Pour autant que ce Pape ait fait beaucoup pour l'Église pendant son pontificat, quelques unes de ses attitudes me laissaient un tantinet perplexe
(on pense aux différents « mea culpa » et aux Journées d'Assise). Eh bien, le fait que le Cardinal Ratzinger fût toujours là pour mettre les points sur les « i », m'inspirait confiance. Pour cette raison, je m'attendais (et j'ai désiré ardemment) son élection comme Souverain Pontife et, une fois advenue, je l'ai accueillie avec joie.
Je n'oublierai jamais cet instant : j'étais à Manille ; j'étais allé me coucher; à un certain moment, pendant la nuit, je me réveille et me dis : allons voir qui ils ont fait Pape; j'allume la télévision et je vois Ratzinger qui adressait son premier salut en donnant sa première bénédiction. Peu de jours après j'étais à Rome et j'ai pu participer à sa première audience générale, celle-là même où expliquait pourquoi il avait choisi le nom de Benoît.

Je pense que ce Pape a été vraiment voulu par l'Esprit Saint. Il fait ce que lui seul pouvait faire. Il a été souligné qu'avec Jean Paul II s'achevait la génération des Évêques qui avaient participé au Concile; maintenant, c'est le tour des experts conciliaires. Remarquez que ces experts on joué un rôle non négligeable pendant le Concile. Beaucoup de problèmes suscités par Vatican II doivent être ramenés au travail de ces jeunes théologiens, qui pensaient refonder l'Église avec le Concile. Je ne sais pas, parce que je n'ai pas approfondi la question, quelle a été la contribution spécifique des Ratzinger, Küng, Rahner, Congar ou De Lubac ; je sais seulement que beaucoup d'Évêques, spécialement ceux originaires de l'Europe du Nord, dépendaient de leurs théories. Pour cette raison, je dis que ce sont les seuls aujourd'hui à pouvoir porter remède aux dommages qu'eux-mêmes avaient provoqués. Je suis bien conscient qu'on ne peut pas mettre sur un même plan un Ratzinger et un Küng ; mais de toute façon, ce fut Ratzinger qui prépara le célèbre discours du Cardinal Frings contre le Saint-Office
(le hasard a voulu qu'il finisse sur ce même fauteuil et fasse personnellement l'expérience de critiques semblables à celles qu'il avait adressées au Cardinal Ottaviani).

Par rapport à ses positions comme Cardinal, Benoît XVI, en quelques occasions, a dû faire marche-arrière. Par exemple, lui qui était si critique en ce qui concerne le dialogue interreligieux, passe maintenant pour un de ses principaux défenseurs (??). Cela ne m'étonne pas, dès l'instant où, lorsqu'on assume une nouvelle charge, on voit les choses avec un regard différent. Ce qui compte est la façon avec laquelle on fait les choses ensuite. Et il me semble que, particulièrement envers l'Islam, les termes du dialogue ont été établis correctement
(sur un plan rationnel plutôt que théologique).

Surtout dans les jours ayant suivi immédiatement son élection, on parlait beaucoup d'une réforme de la Curie Romaine, mais celle-ci semble encore « à venir ». Cela montre à quel point toutes les Curie sont des réalités très difficiles à gérer. On pensait qu'en élisant un homme de Curie, il lui serait plus facile de procéder à la réforme. Au contraire, nous nous sommes aperçus qu'un homme issu de ce milieu est trop conditionné par lui pour avoir les coudées franches. La connaissance approfondie d'une réalité ne permet pas toujours d'intervenir sur elle ; parfois il est préférable d'être des étrangers pour agir, peut-être avec un peu d'inconscience, mais avec une plus grande liberté. Un fait est certain : beaucoup d'oppositions à Benoît XVI viennent des mêmes qui étaient ses ennemis lorsqu'il était Préfet de la Doctrine de la Foi.

Un des points auxquels Benoît XVI semble donner la plus grande attention est la liturgie. Cela parce qu'il est convaincu que beaucoup des maux de l'Église dépendent de la façon dont la liturgie est comprise et célébrée. Le Pape Ratzinger est pleinement conscient qu'avec la réforme liturgique, on est allé trop loin. C'est pourquoi il parle d'une « réforme de la réforme ». J'ai déjà dit plusieurs fois que ce programme me trouve pleinement d'accord. Le problème est que maintenant l'image qu'on a de lui est celle de quelqu'un qui veut simplement restaurer la liturgie tridentine. Le Motu Proprio Summorum Pontificum, en soi pleinement légitime et compréhensible, a transmis cette idée, dont je n'ai moi-même - je le confesse - pas été entièrement exempt : « OK, les enfants, jusqu'à présent nous avons plaisanté ; la réforme liturgique a été un diversion ; maintenant nous passons aux choses sérieuses », désavouant ainsi Vatican II. Personnellement je suis d'accord que la réforme, ainsi qu'elle a été réalisée
(lisez : Mgr Bugnini), ne correspondait peut-être pas à la prescription du Concile ; mais même s'il fallait une réforme liturgique, je pense qu'elle ne tombera du ciel (?). Il s'agit, comme je continue à le répéter, « de revenir » à Vatican II (au vrai). Et ceci est possible seulement à travers une « réforme de la réforme », qui vaille pour tous, et pas seulement pour certains.

Quant à la tentative de recoudre le schisme lefebvriste
(je ne sais pas s'il est correct d'employer cette expression, mais je l'utilise pour me faire comprendre), là encore, je suis totalement sur la même ligne que Benoît XVI. Dans ce cas aussi, il a été justement souligné une question personnelle : le « schisme » s'est consommé durant son mandat comme Préfet du Saint-Office ; il ne veut évidemment pas quitter cette vie avant d'avoir guéri cette fracture. Un but digne d'éloges. Sans doute, il y a aussi le désir de récupérer à la cause de l'Église des forces fraîches, prêtes pour l'évangélisation. Là encore, une préoccupation plus que légitime de la part d'un Pape. Jean Paul II l'avait déjà fait avec les divers mouvements ecclésiaux. L'expérience de ce Pontife, cependant, devrait nous inciter à ne pas accorder trop de confiance à ces réalités, en négligeant le reste de l'Église, considéré comme presque irrécupérable. Je comprends que la tentation existe, mais on ne peut pas considérer comme perdue la structure ordinaire de l'Église (diocèse et paroisses), parce que c'est là que la partie se joue. Ces autres réalités (précieuses, mais humainement faillibles comme le reste de l'Église) peuvent aider, mais elles ne peuvent pas être surestimées ou même rendues exclusives.

Mais l'aspect le plus beau de ce pontificat, c'est la capacité communicative qu'a Benoît XVI. Malgré qu'il ait tout le système médiatique contre lui, il réussit à établir un contact direct avec les gens
(les vrais, pas ceux dépeints par les média). Et, une fois le contact établi, il réussit même à transmettre des contenus pas toujours évidents, ni banals. Ses discours sont profonds et parfois difficiles, mais les gens réussissent à les comprendre...



Sources : Eucharistie Miséricordieuse.

Elie-Marie, frère de la Communion Bethanie.

13:46 Ecrit par ©Fr. Elie-Marie dans Blog | Commentaires (4)

Commentaires

J'ai lu ton article avec attention. Bien que je ne croies ni à l'épiscopat universel de qui que ce soit, ni aux encycliques, ni à la fidélité de quelque ordre religieux que ce soit....; je partage, d'une certaine façon, quelques-uns de tes sentiments.

Quand Ratzinger était seulement le chargé de la doctrine, j'ai apprécié plusieurs de ses gestes:
- Il a rappelé JP II à l'ordre, après la dérive de la "Co-rédemptrice";
- Il a tout mis en œuvre, jusqu'à ce que fût signée la déclaration de foi commune entre catholiques romains et luthériens; c'est une chose qui a réparé quelques siècles de division doctrinale;
- Il a prévenu plusieurs dérives doctrinales.

Mais malgré tout, avant ou après son arrivée au pouvoir, il reste le même hypocrite (euphémiquement on appelle ça un diplomate) et le même homme immoral sur beaucoup de plans.

Ecrit par : Georges | mardi, 21 avril 2009

Cher Georges, tu comprendras que je ne partage pas ton analyse, sur le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI .
Mais je suis catholique romain...

Ecrit par : Elie-Marie | mardi, 21 avril 2009

??

Et comment trouves-tu ces deux interventions de Ratzinger, dont j'ai parlé plus haut: lorsqu'il a condamné la notion de co-rédemptrice et tous ses efforts pour la déclaration commune entre catholiques romains et luthériens?

Ecrit par : Georges | mercredi, 22 avril 2009

Sur les deux interventions, je ne connais que celle sur la justification,déclaration commune entre catholiques et luthériens.
En ce qui concerne la co-redemption de Marie, je ne vois pas en quoi elle serait contraire à l'Ecriture et la Tradition.
Marie, au pied de la Croix, a offert ses souffrances en union avec celles de son Fils. St Paul, ne parle t-il pas qu'il souffre dans son corps, ce qui manque à la Passion du Christ ?...C'est une forme de co-redemption. Ne le sommes-nous pas tous, lorsque nous offrons nos épreuves et souffrances, en union avec celle du Christ ?
Je laisse au magistère le soin de définir ou pas une telle définition .

Ecrit par : Elie-Marie | mercredi, 22 avril 2009

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